He She They

He She They, Creative Commons par Mike Kanert

Les pronoms, ces petit mots qui lient entre elles nos phrases et nos idées, nous paraissent insignifiants à tel point que nous n’y prêtons guère attention. Nous les utilisons quotidiennement et leur tâche n’est pas facile ! Humbles représentants du nom, ils héritent de toutes ses fonctions : ils peuvent être sujets, attributs, compléments et se métamorphosent en toutes choses : une personne, un objet ou une idée. De véritables petits bijoux de linguistique.

Mais en plus de toutes leurs tâches grammaticales « officielles », les pronoms ont une vie secrète… Ils peuvent révéler nos intentions, nos pensées et notre avenir.

C’est en tout cas ce que constate James Pennebaker, psychologue à l’Université du Texas. C’est justement le fait que nous ne leur accordions aucune attention qui les rend si intéressants. Selon ce spécialiste, dans notre langue natale, la fonction de ses «mots de liaison» nous est invisible. Pourtant, lorsque l’on écoute une langue étrangère que nous parlons peu, notre cerveau se concentre pour décrypter ces petits mots tellement importants qui nous permettent de comprendre l’essentiel d’une conversation.

Intrigué par ce paradoxe, James Pennebaker a créé un programme capable de déterminer l’importance de ces «mots relais» ainsi que leur impact sur nos comportements sociaux. Développé en 1990 avec l’aide de ses étudiants, le Linguistic Inquiry and Word Count a la capacité d’analyser une importante base de données textuelles pour en extraire nos schémas de pensée lors de l’utilisation des pronoms.

Pour mettre en relief toute l’originalité de son programme informatique, James Pennebaker a choisi de l’utiliser pour étudier les comportements linguistiques et sociaux de personnes lors d’une session de speeddating. Les résultats furent étonnants. Grâce à l’analyse des pronoms fournie par son programme, le scientifique fut en mesure de déterminer quelle personne était susceptible de se retrouver avec telle autre pour un nouveau rendez-vous.

Il ne s’agit pas d’une n-ième preuve des phénomènes d’endogamie sociale qui feraient que des gens d’un même milieu emploieraient les pronoms de la même façon. Au contraire, l’emploi des mêmes pronoms n’est pas tant une cause des affinités entre deux individus qu’une conséquence : lorsqu’une personne éprouve de l’intérêt pour une autre, elle a tendance à calquer inconsciemment sa façon de s’exprimer sur celui-ci. Comme l’indique James Pennebaker : « when two people are paying close attention, they use language in the same way ».

L’influence secrète des pronoms va encore plus loin. Pennabaker est par exemple capable de déterminer qui, dans une conversation, détient «le pouvoir», en comptant les occurrences du «je ». Étonnamment, plus une personne se sent en situation d’infériorité par rapport à une autre, plus elle aura tendance à utiliser ce pronom, comme pour se rassurer, dans cette relation.

Tenté par un stage de programmation neuro-linguistique accéléré pour modifier votre usage des pronoms et changer le cours de votre vie ? Selon Pennabaker, c’est impossible. Les pronoms sont des éléments trop subtils de notre langue pour que nous soyons capables de les dompter, du moins à l’oral.

En revanche, à l’écrit, il n’est pas interdit de se relire pour prendre conscience de la manière dont nous utilisons les pronoms. Et lorsque l’on reçoit un message de quelqu’un, leur prêter attention peut nous révéler bien des choses. A bon entendeur…